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Rod Craig : il n’y a pas que les chats qui aient sept vies

 

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En 1989, l’informatique grand-public n’en était qu’à ses balbutiements et je devais faire preuve d’une imagination sans cesse renouvelée pour concevoir ma revue sans passer par la case imprimeur synonyme de dépôt de bilan. A l’époque, je disposais d’un excellent photocopieur et d’une machine à écrire Olivetti dotée de 25 styles d’écritures différents (dont plusieurs à espacement proportionnel).  Ainsi équipé, je pouvais obtenir des résultats proches de ceux d’une publication en imprimerie à partir de simples maquettes papier que je reprographiais au format souhaité. Aujourd’hui, lorsque je travaille sous Word, j’ai une certaine nostalgie de la liberté que me procuraient mon cutter et mes tubes de colle UHU. Je ne vous cacherai pas que j’apprécie modérément d'utiliser un logiciel de mise-en-page qui existe depuis plus de vingt ans et qui ne prévoit toujours pas que dans un livre il puisse y avoir des pages blanches donc que ces pages il ne faille pas les numéroter. Après des semaines passées à lire et à relire le mode d’emploi de Word et des nuits à visionner des tutoriels sur YouTube, je n’ai toujours pas trouvé la solution à cette ineptie. Pour en revenir à Rod Craig, je l’ai rencontré en 1988 alors que je cherchais un imprimeur low-cost pour réaliser les couvertures de ma revue. Voici le portrait que j’ai fait de lui cette année-là et qui fut publié par un hebdomadaire du groupe La Dépêche du midi :

 

Il compose son journal sur un ordinateur et en sort la matrice sur une imprimante laser. Il est à la fois journaliste, photographe, claviste, responsable du courrier du cœur et du service petites annonces. Il s’appelle Rod Craig, est écossais plus qu’il ne le faudrait, exilé sur notre sol depuis 1976 et, après quelques années passées à la direction du service publications de Schlumberger à Grenoble, il a choisi de s’installer à Eymet.  Teigneux, tenace et plein d’humour, à 43 ans Rod Craig a souvent vécu hors des sentiers battus : journaliste à Londres puis dans le Kent, il avait déjà créé outre-Manche plusieurs magazines.  Si les habitants de Saint-Aubin-de-Cadelech appréciaient depuis 1982 un mécanicien très compétent du nom de…Rod Craig, personne ne connaissait son parcours de journaliste. Aujourd’hui, il a définitivement rangé ses clefs anglaises en contractant à nouveau le virus de la presse. « Je ne sais faire que des journaux », dit-il pour tenter de justifier son pari plutôt osé. Le journal qu’il édite tire à 3.000 exemplaires et se trouve aisément dans tous les kiosques. Il s’appelle The News et il a la particularité d’être intégralement rédigé en Anglais. En revanche, le contenu est composé d’articles consacrés à la vie de notre région. Si ce mensuel s’adresse avant tout aux sujets de sa Gracieuse Majesté vivant sur notre sol, il est également une mine d’or pour les enseignants en Anglais qui peuvent intéresser leurs élèves à partir d'une actualité locale. Ainsi, le dernier numéro paru, celui de décembre, nous apprend qu’un office religieux anglican est célébré chaque troisième dimanche du mois à Monteton (Lot-et-Garonne) et ce dans la langue de Shakespeare ou que Marmande a connu son Oradour-sur-Glane lors de la croisade des Albigeois en 1218. L’idée de The News est venue à Rod Craig lorsqu’il a constaté que dans la colonie anglo-saxonne du Sud-ouest, forte de 15000 résidents, seule une minorité parlait couramment le Français.  Cette barrière linguistique est un frein réel à une bonne insertion.  Beaucoup de britanniques sont mal informés de leurs droits mais aussi de leurs obligations et se mettent malgré eux hors-la-loi. « Comment ne pas remercier l’Eternel de ce que l’Angleterre n’ait jamais cessé d’être un club très fermé, de ce qu’on y sélectionne les semences, les étalons et les hommes d’état ? », écrivait Paul Morand au début du siècle dernier.  The News a la saveur exotique d’une soirée au pub entre amateurs de Cricket où la bière et les vins de Bordeaux coulent à flot.  

 

 

 







 

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