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Editions Germes de Barbarie - Page 4

  • Laurie Deson: vivre de sa passion est un luxe inouï.

      

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          Je ne vous raconterai pas d’histoire : Laurie Deson est ma fille aînée. Mais cet article ne peut pas être soupçonné de complaisance car depuis l’âge de 9 ans Laurie m’a accompagné sur presque tous  les salons du livre auxquels j’ai participé aux quatre coins de la France.  Si sa relation avec la chose imprimée  a évolué au fil du temps – lorsqu'elle a commencé à faire de la radio à 15 ans et puis quand elle a entrepris des études de  cinéma –  elle s’est approfondie avec les années.  Laurie m’a ainsi apporté la preuve que l’on pouvait « vivre » de  sa passion avec  un peu d’audace et beaucoup de constance.  Les parents devraient parfois suivre l’exemple de leurs enfants !   En novembre 2013 elle a soutenu avec succès sa thèse de doctorat intitulée  Les corps troublants du cinéma français, mise-en-scène de la transgression et de la violence ordinaire. Cet exercice de style universitaire peut apparaître rebutant pour le profane mais est très formateur en termes de rigueur dans l’écriture.   La semaine dernière, lorsqu'elle a posé ses bagages en Dordogne pour quelques heures, elle sortait de quatre jours de tournage à Paris avec le réalisateur Jean-Claude Brisseau et elle travaillait sur un article à paraître dans le prochain numéro de l’Avant-Scène Cinéma. Une puissance de travail impressionnante  dissimulée derrière une apparente décontraction.

     

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            Quand j’essaie de retrouver quelques  scènes saisies au vol où Laurie a joué un rôle, la première qui me revienne à l’esprit se passe à Geaune dans les Landes. Un salon du Livre où nous sommes allés à deux reprises en 1997 et en 1999.  Ce jour-là, après avoir installé notre stand et en attendant les premiers visiteurs, nous partîmes à tour de rôle faire le tour des exposants. Du haut de ses onze ans, Laurie était la mascotte des habitués qui,  la retrouvant fidèle au poste,  s’extasiaient devant tant d’assiduité. Vers midi, alors qu’elle s’était absentée plus longtemps qu’à l’accoutumée, je l’aperçus qui revenait accompagnée d’une vieille dame : « Votre fille m’a expliqué que vous aviez été l’un de mes élèves à l’I.U.T. Métiers du Livre de Talence… » Laurie m’avait ramené Denise Escarpit, ma prof de  littérature enfance et jeunesse  et épouse de Robert Escarpit.   C’est avec l’audace des timides que Laurie allait vers les gens, provoquant des rencontres inattendues pour son jeune âge. En fin de journée, dans l’attente du dîner programmé où étaient invités auteurs et éditeurs, je la trouvais  en grande conversation avec  Jean Lacouture avec qui elle parlait histoire.  Il me félicita d’avoir une telle ambassadrice.   Serge Montigny, écrivain et président du Centre Régional des Lettres Aquitaine, me fit  la même remarque un jour que je lui faisais écouter l’enregistrement de sa pièce Avez-vous entendu la mer [1] où Laurie me donnait la réplique.

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            Et puis le temps passa. Entre temps  Laurie avait fait ses premiers pas à la radio[2] où elle animait une émission consacrée à  l’actualité cinématographique. Une sélection de ces chroniques fut d’ailleurs publiée[3] début 2004 chez Orage-Lagune-Express.  La même année, elle participa à la création de la revue Instinct Nomade[4] qui fut pour elle un « devoir de vacances » car elle en assura la rédaction de juin à septembre 2003.  

     

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          Laurie vole de ses propres ailes depuis longtemps déjà. J'espère que la compagnie des livres dans laquelle elle a vécu durant toute son enfance a contribué à  lui donner le goût de créer.  Je suis convaincu que sa passion pour le cinéma lui permettra d'écrire son chef-d'oeuvre, qu'il prenne la forme d'un scénario, d'une biographie ou d'un roman.

     

     

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    [1] Serge Montigny, Avez-vous entendu la mer, collection Théâtre, Orage-Lagune-Express.

    [2] Radio Vallée Bergerac.

    [3] Laurie Deson, Salles obscures, chroniques cinématographiques 2001-2002, éditions Orage-Lagune-Express.

    [4] Instinct Nomade, le magazine du métissage culturel, n°1 « Jean Cocteau, l’enchanteur pourrissant » , 2004.

  • Amin de Tarrazi, le goût des autres passe-t-il par l'oubli de soi?

     

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    C’était en 1976. Deux ou trois fois  de suite, je me suis glissé dans la 504 break de Jean-Claude et de Marie-Noëlle Lassort direction Paris pour assister aux réunions des conférences Saint-Vincent-de-Paul jeunes. Ce couple de saints laïques avaient un réel talent pour mobiliser les âmes désoeuvrées.  Marie-Noëlle qui fut ma prof de Français en classe de quatrième m’avait laissé le souvenir mitigé d’une enseignante autoritaire et peu charismatique.  Mais l’année suivante (j’étais déjà parti ailleurs, à Saint-Genès) je découvris une autre femme, passionnée par son engagement au service d’une charité bien ordonnée et qui menait des opérations de chocs loin  des bonnes œuvres gérées par les dames patronnesses.  Mes parents n’appréciaient guère que nous consacrions, ma sœur Marie-Hélène et moi, l’essentiel de notre temps libre à courir les routes avec ces "hippies".  Mais c’est dans une totale euphorie que nous participions à ces actions  et aux voyages au bout du monde (Paris) qu'ils nous proposaient. Au siège de Saint-Vincent-de-Paul avenue du Général Leclerc, nous étions accueillis par un homme de petite taille, vêtu avec soin, la quarantaine, tout sourire et à l’écoute de chacun : Amin de Tarrazi.  Pour moi, cet héritier d’une lignée de riches  banquiers et d’intellectuels franco-libanais incarnait l’idéal d’un christianisme à visage humain. Costume-cravate et langage châtié, il était la face B d’un Guy Gilbert en jean et blouson cuir que j’allais connaître l’année suivante. Homme discret et affable, Amin de Tarrazi était moins démonstratif que le très médiatique curé en santiags.  J’ai longtemps gardé à l’esprit sa recette pour une vie réussie : « Il faut travailler l’approfondissement de sa vocation, la fidélité à son engagement, l’adaptation aux besoins et aux priorités de son temps, l’écoute des aspirations de ceux que la vie blesse. Au service des causes auxquelles nous avons à coeur de nous consacrer, il convient de mobiliser notre imagination, notre créativité, notre audace et notre enthousiasme ». Bourgeois éclairé, esthète au carrefour de deux cultures, Amin de Tarrazi a marqué mon adolescence. J’ai eu le plaisir de publier un article de lui écrit en 1977 : « Liban, genèse d’une tragédie». Une commande qui a une histoire : Un jour, lors d’une réunion des jeunes vincentiens, nous le vîmes très préoccupé. Des évènements graves engageant les chrétiens libanais venaient de se produire. Un grand quotidien lui ouvrait ses pages pour un droit de réponse. Il devait agir vite mais en pesant ses mots.  Trop d’enjeux. Devait-il réagir en tant qu’intellectuel, que chrétien, que président de Saint-Vincent-de-Paul ?  Il s’est isolé après avoir donné deux ou trois coups de téléphone. Nous l’observions à la dérobée ressentant ce que ce moment avait d’historique, sûr qu’il se passait quelque chose de grave. En 1977, peu de gens comprenaient les subtilités d’une guerre civile qui pourtant ouvrait le journal de 20 heures chaque soir depuis deux ans déjà. Lorsque j’expliquai à Amin de Tarrazi mon intérêt pour la chose et que je lui demandai un article pour la revue que j’étais en train de créer, il accepta immédiatement. Et il  m'écrivit quatre ou cinq feuillets  fruits d’une vraie réflexion  qui avaient du le mobiliser plusieurs heures durant alors qu'il avait à coup sûr d'autres chats à fouetter. En voici un extrait :

     

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    « En schématisant, on peut dire que la crise libanaise est la triste résultante d’un enchaînement d’injustices humaines :

    -  L’antisémitisme aveugle et stupide,  qui périodiquement aboutit à des persécutions criminelles,  a incité les Juifs à aspirer à l’obtention d’un foyer. La mauvaise conscience de l’Occident face aux malheurs de ce peuple errant a conduit à la création de l’Etat d’Israël, au lendemain de la seconde guerre mondiale durant laquelle ils avaient particulièrement souffert des excès du nazisme.

    - La formation de cette nation,  sur une base confessionnelle et au détriment d’une partie des autochtones,  a engendré l’exode de centaines de milliers de Palestiniens vers les pays voisins.

    - La question palestinienne était née. La Communauté internationale (O.N.U. et grandes puissances) n’a pas su la régler : ses résolutions successives sont restées lettre morte, tandis que les pays arabes, minés par leurs contradictions, se servaient de la cause palestinienne pour les besoins de leur politique tant intérieure qu’extérieure.

    -  Le pourrissement de la situation au Moyen-Orient, le désespoir des Palestiniens bafoués, trompés, pourchassés, notamment par le roi Hussein de Jordanie, devait aboutir à une conjoncture explosive.

    -  Le Liban, terre d’accueil traditionnelle des persécutés de toutes races, confessions ou opinions allait recevoir 400.000 Palestiniens s’ajoutant aux 25.000 étrangers vivant déjà sur son territoire exigu de 10.000 km²  et habité par une population de 2.800.000 habitants.

    -  Désabusés, aigris, persuadés que le Liban était leur dernière planche de salut, les Palestiniens ont tenté de s’assurer le contrôle de ce petit pays. D’hôtes pacifiques, ils se sont progressivement transformés en occupants armés, jouissant de prérogatives exceptionnelles, exorbitantes du droit commun, mettant les citoyens libanais dans une position d’infériorité et de précarité dans leur propre pays.

    -  Pour parvenir à leurs fins, les Palestiniens ont très adroitement exploité les difficultés politiques, les problèmes sociaux et les rivalités religieuses. Alliés à une gauche qui n’avait de chance de s’affirmer qu’en s’assurant un appui extérieur, ils ont rassemblé,  en un faisceau complexe, ces divers mécontentements, ressentiments ou frustrations qui ont constitué le prétexte aux sanglants affrontements de ces sept dernières années.

    -  Il ne nous appartient pas de juger, mais simplement de constater qu’un peuple pacifique a été victime de son hospitalité à cause d’un problème qu’il n’avait pas créé et qui lui était étranger. »


    Certes, il s'agit d'un point de vue mais son auteur confirme qu'il est impossible d'être neutre quand son pays d'affection est plongé dans la guerre et le chaos.


     

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    Pour rédiger ce portrait  il m’a été difficile de trouver une photo d’Amin de Tarrazi et,  signe de son extrême effacement, sa biographie n’a pas encore été rédigée sur Wikipedia. Voilà pourtant une vie passionnante à bien des égards ! En 1958, à 29 ans il fonde le Comité des Jeunes des Conférences de Paris.  Puis, dix ans plus tard,  il est élu président du Conseil National de France (deux mandats de 1967 à 1981) et enfin devient Président international de la Société de St-Vincent-de-Paul jusqu’en 1993. Conséquence de cet excès de discrétion,  la figure de proue de cette famille de mécènes reste curieusement son ancêtre le Vicomte Philippe de Tarrazi (1865-1956).  Longtemps, ce riche érudit sillonne l'Orient et l'Europe à la recherche d'ouvrages pour alimenter sa bibliothèque personnelle riche de  20.000 livres précieux et de 3.000 manuscrits. Il fera don de ses collections  à son pays constituant le fonds initial de la Grande Bibliothèque de Beyrouth qu’il continuera d’enrichir jusqu’à sa mort en 1956.   Cette tradition de mécénat culturel ne s’est pas perdue au fil des générations puisqu’aujourd’hui encore Amin et son frère Nadim à travers le Fonds de Tarrazi  apportent leur soutien  aux élèves du Conservatoire de Musique de Paris selon des critères sociaux et d’excellence.  Depuis 1996, 510 bourses ont été attribuées à des lauréats provenant de 35 pays, élèves dans toutes les disciplines en musique et en danse.

     

     

     



  • L'Evangile selon Dominique Mathieu.

     

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    En 1979, j’ai partagé une maison à Cambes en Gironde avec Dominique Mathieu, un musicien rescapé des utopies de mai 68. Une colocation ordinaire entre un étudiant entre deux bacs (celui que j’aurais déjà du avoir et celui que j’allais avoir) et un fils de famille en rupture avec son milieu. A l’époque, Dominique avait presque la trentaine. J’ai adoré les quelques mois passés dans cette maison remplie d’instruments de musique. Un piano d’étude parfaitement accordé et un vieil harmonium sur lequel j’ai composé un conte musical, « Les souris de sable »,  enregistré avec le matériel de prise de son de Dominique. L’unique cassette de cette création confiée à un étudiant malien doit se trouver aujourd’hui du côté de Tombouctou. Cette tête en l’air devait me la rendre "sans faute mardi prochain"  mais il ne m'avait pas précisé de quel siècle. S’il lit ces lignes, j’apprécierai qu’il se manifestât en m’envoyant une copie de l’enregistrement.  A part quelques cours de piano prodigués à des adolescentes en fleur,  Dominique employait le plus clair de son temps à réparer une 2CV modèle 1957 increvable et toujours prête à rendre service. C’est dans la chambre qu’il m’attribua dès mon arrivée que j’ai créé la maquette du premier numéro de  Germes de Barbarie[1] en mai 1979. Le mur couvert de lierre près de ma fenêtre hébergeait une gigantesque couleuvre qui avait fini par devenir une compagne attentive. Lorsque j’ouvrais mes volets, je l’entendais glisser parmi les feuilles s’approchant au plus près. Mon autre compagnon d'exil s’appelait Flip.  Ce digne représentant de la race canine me faisait la tête lorsque je partais sans lui et la fête à chacun de mes retours. Il raffolait des balades que j'organisais pour explorer les kilomètres de galeries des carrières qui traversaient les falaises au-dessus de Cambes. Lorsque l’exploitation en avait été stoppée au début du XXème siècle, elles furent transformées en champignonnières. Une lampe à la main, nous jouions à nous perdre dans ce dédale. 

    Mai 68. Au plus fort des Trente Glorieuses, les enfants gâtés du pompidolisme avaient faim de liberté. Pour Dominique la référence à cette révolution avortée n’est pas un hasard. Un jour que nous en parlions, il me fit écouter l’enregistrement d’un canular plutôt osé dont il fut l'auteur. « A l'époque, je n'avais pas encore de conscience politique mais avec le recul ces jeux n’étaient pas si innocents que ça ».  Décrocher le téléphone et appeler en toute impunité la directrice d’une institution religieuse renommée qui accueille la fine fleur de la bourgeoisie bordelaise. « Aucun risque de se faire prendre car en 1968 il était techniquement impossible de remonter jusqu'à nous ».   Dominique se présente comme un leader de la gauche prolétarienne et  exige de la sœur directrice qu’elle mette à sa disposition une salle de réunion pour leur prochaine assemblée générale.  A noter qu’à la suite de cet appel inquiétant l’établissement a fermé ses portes pendant dix jours laissant sur le pavé des dizaines d’élèves.  On n’est jamais assez prudent !  Voilà un document sonore qu’il serait utile de verser aux archives nationales !

     A part quelques rares cours suivis en auditeur libre à l'université, je passais mes journées à lire, à écrire et surtout à composer ce premier numéro de revue. La citation qui ouvre le thème "La ville angoissée" est de Machiavel : « La première loi de tout être, c’est de se conserver, c’est de vivre. Vous semez de la ciguë et prétendez voir mûrir des épis ». Françoise Favretto raconte à sa manière l'arrivée sur terre  de sa fille  Gaëlle: « Je crois bien que tu voulais naitre, à cause de la trop grande musique du dehors. Mais peut-être t’es-tu trompée, toi qui chantes au lieu de crier, toi que je chante. Rien de plus, tout en haut du repaire des autres ». Pour ma part, c’est une ville prise dans les glaces de l’hiver que j’évoque : « La ville griffe le brouillard. Transfert de sang glacé dans ses veines caves. L’hiver amidonne les transparences aux cols des réverbères ».  Paul Jautraz  lui veut « sauver tout, et tout de suite, mettre hors d’atteinte tous les biens de la civilisation et de la Terre, les enfants, les livres, la Musique, les maisons, les forêts, les jardins et les eaux, les chevaux, les chiens et les oiseaux, le doux loisir, à l’Aube, dans la plaine ou sur la ville ». Steven Unger, un journaliste de Détroit rencontré dans le train lors de mon retour des iles anglo-normandes, compare l'architecture horizontale des  villes  antiques à l'architecture verticale des mégapoles contemporaines : « Tout au long de l’histoire des hommes, les civilisations se sont battues pour ériger de gigantesques édifices : que ce soient les pyramides d’Egypte en hommage aux pharaons, les temples et les cités des grecs, le monument de Stonehenge à la louange des dieux ou alors les cathédrales. Que de temps et d’effort ainsi monopolisés sur de tels ouvrages ! Mais ces civilisations sentaient que cela en valait la peine ».  Christian Poslaniec - qui collabore à Sexpol [2] -  nous dévoile les dessous de la ville. : « La vraie ville, ce sont ces flux multipliés qui lient entre eux tous les éléments apparemment séparés de l’ensemble ville : les flux de merde et d’ordure, dans les égouts, les flux d’eau et de gaz dans les canalisations, les flux de paroles traduites en impulsions électriques dans les fils téléphoniques, les flux de désirs, dans les caves d’immeubles ».  Michel Jeury m’a confié une longue nouvelle de science-fiction, « la ville en T », qui s'achève sur une note sombre : « La guerre mondiale de 2012 a sans doute retardé d’un quart de siècle une évolution qui était, de toute façon, inévitable. En 2050, presque toutes les villes du monde étaient devenues conscientes. Elles le resteront quoi qu’il arrive. Après avoir si longtemps écu en elles, les humains devront apprendre à vivre avec elles ». Francis Valéry, apôtre d’un rock urbain pur et dur, y lance une croisade post-écolo : « Les écrivains prônent le retour à le Terre, la désertion des Villes pour la colonisation des campagnes, l’agriculture biologique, les énergies douces, bref toutes ces fadaises héritées d’un mai 68 aseptisé, énucléé, récupéré par le pouvoir, aux mains des trusts multinationaux de l’écologie et du solaire. A la fuite, préférons l’Action directe. Il faut recoloniser la Ville, refuser de consommer, vivre sur ses déchets, incroyablement riches ! ».

    Et Dominique qu’est-il devenu  trente ans après? Il y a quelques jours, je roulais sur la départementale qui longe la Garonne en direction de Langoiran lorsque j’ai aperçu un panneau où était inscrit: « D. Mathieu, entretien de pianos – accords – réglages – location piano à queue pour concerts et auditions ». J’ai fait demi-tour et je suis allé frapper à la porte de l’atelier. C’est un artisan en blouse bleu qui m’invita à entrer.  Il me dit avoir gardé un souvenir assez précis de la période où nous avions partagé le même toit. Sa passion pour le piano est restée intacte : il a beaucoup composé et s’est régulièrement produit en concert. « Tu n’es pas éditeur de musique ? Non ? Dommage…. »


     

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    [1] Germes de Barbarie n°1, « La ville angoissée », mai 1979.

    [2] Sexpol, revue de sexologie politique.