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Livre

  • Mariage d'automne, un recueil de 16 nouvelles par Christian Cottet-Emard

     

    Jacki Maréchal peintre et écrivain nous donne ses impressions à chaud après avoir lu en primeur  Mariage d’automne et autres nouvelles de Christian Cottet-Emard paru aux éditions Germes de barbarie :

    Une suite de petites histoires en forme de nouvelles, parfois affleurant une impression de contes. Mon ami Christian aime ce genre littéraire. Toutes ces histoires courtes sont composées en textes fugaces dont la force est avant tout une écriture fringante, un langage volontiers svelte et pince-sans-rire. Toutefois, comme d’habitude avec cet auteur, quelque chose prend bien soin de se raconter en lame de fond : la véritable tragi-comédie de l’existence. Ici il est question de la férocité mate des reflets de l’amour banal, celui que tout le monde a pu vivre au cours de sa vie, celui dont on évite de parler parce qu’il est parfois médiocre ou parce qu’il s’est avéré plus narcissique qu’audacieux, avec le recul ─ Et surtout parce que nos petites histoires n’en valent pas la chandelle… Même si parfois elles sont drôles, au bout du compte elles ont souvent été ridicules, en plus elles nous ont laissé un brin de nostalgie, immature, que l’on soit vieux ou jeune.

    Ainsi ce nouveau livre de Christian Cottet-Emard paraîtra léger, presque désinvolte, une véritable invitation à la lecture paresseuse sur une plage d’été au soleil. On peut lire chaque histoire d’amour en l’oubliant aussitôt. Comme on lirait une nouvelle dans le magasine « Elle » pour se passer le temps. Mais ne nous y trompons pas, derrière cette impression se cache une approche crue de la futilité des petites souffrances, un abord vif des petites mesquineries, une histoire vraie de la profondeur des petits détails, des petites vexations, des petites frustrations et exigüités qui fondent souvent les « fragments d’un discours amoureux ». L’auteur à la malice de nous les faire toucher du doigt telles qu’elles existent dans leur quotidienneté presque ordinaire. Mais autant le dire tout de suite, les livres de Christian Cottet-Emard sont toujours cousus d’un humour subtil et d’un réalisme souterrain dont il faut bien comprendre l’importance finale. Le vol en rase-motte auquel il nous invite ne doit pas nous tromper, Christian Cottet-Emard est comme ça dans la vie, il n’atterrit jamais, mais il nous invite à le faire, avec de petits clins d’œil visibles depuis nos marges. Il met du feutre sous la violence cependant il la retrace à sa manière, dans sa substance vraie, celle qui nous touchera profondément en refermant ce livre. La légèreté ressentie avec jubilation tout au long de la lecture ne sera alors plus première, même si on n’en éprouve à ce moment précis pas encore une conscience évidente, elle viendra après quelques pas, le livre fermé dans la main, nous livrer son âme. Les histoires seront oubliées mais pas leur carnation, inévitable. Et puis on sourira en repensant à la nouvelle : "La photocopieuse"… à découvrir absolument.

     

    En voici un extrait :

     Mes mains rencontrèrent des rondeurs qui me surprirent, plus habitué que j’étais aux corps tendus comme des élastiques des jeunettes de mes débuts encore tout récents. Je peux te certifier aujourd’hui, cher vieux cahier, que rien n’est plus émouvant et délicieux que ces petites imperfections de la maturité que les femmes cherchent par tous les moyens à corriger ou à dissimuler. Les hommes rebutés par un coussinet soyeux sur les flancs ou un petit ventre sont des hommes qui n’aiment pas les femmes. Après avoir passé le demi-siècle, cher vieux cahier, je sais désormais que lorsqu’une femme offre spontanément ce genre de secret à la vue d’un homme, celui-ci a intérêt à réaliser que quelque chose d’important est en train d’arriver dans sa vie sous peine de passer sur Terre comme une ombre.

     

    Rendez-vous manqués, erreurs d'aiguillages mais aussi brèves épiphanies, les nouvelles de Mariage d'automne racontent la violence feutrée du sentiment amoureux et son épilogue dans la lumière du soir...

    parution,vient de paraître,mariage d'automne,christian cottet-emard,éditions germes de barbarie,nouvelles,littérature sentimentale,blog littéraire de christian cottet-emard, --- 1 --- Titre(s)Le jour où la vérité s'invita au barbecue. --- 2 --- Titre(s)Mariage d'automne. --- 3 --- Titre(s)Bien le bonjour de l'adjudant Kaiser. --- 4 --- Titre(s)Des pas dans la nuit. --- 5 --- Titre(s)Eclaircies. --- 6 --- Titre(s)Grandes fêtes sous la lune. --- 7 --- Titre(s)Beignets ! Qui veut des beignets ?. --- 8 --- Titre(s)La Rolls verte. --- 9 --- Titre(s)La photocopieuse. --- 10 --- Titre(s)Rendez-vous à Pré Nuble. --- 11 --- Titre(s)Feuilles mortes et pages décollées. --- 12 --- Titre(s)Le vieux pull. --- 13 --- Titre(s)Passage d'un vivant. --- 14 --- Titre(s)Amoureux trois quarts d'heure. --- 15 --- Titre(s)Au bazar des Hirondelles. --- 16 --- Titre(s)Figures libres, couple.

    Mariage d'automne et autres nouvelles, éditions Germes de barbarie, 158 pages,  10€

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  • Les comptines cruelles de Jacques Izoard

    Si pour moi Jacques Izoard n'était pas un ami intime, il faisait néanmoins partie de ma vie par les émotions ressenties à la lecture de son œuvre. A dix-sept ans, alors que je faisais connaissance avec l'édition  grâce à Jean-Yves Reuzeau et Marc Torralba du Castor Astral, un premier recueil d'Izoard me séduisit dès la prise en main du livre. Il avait été écrit à quatre mains avec Eugène Savitzkaya, lui aussi poète de l'Ecole de Liège.  C'est en 1992, lors d'un séjour en Wallonie chez Denys-Louis Colaux [1] que l'idée de réaliser un portrait pointilliste d'Izoard me vint. Il s'agissait de demander à ses nombreux amis peintres et écrivains d'apporter une contribution originale pour sortir de la biographie académique. Je ne sais pas si le numéro huit  de la revue  Orage-Lagune-Express que j'animais avec Christian Cottet-Emard fut une réussite mais Jacques Izoard sembla l'apprécier, peut-être justement pour son imperfection. « Le dossier ainsi mené me parait bien vivre et assez riche en relief. Je peux te dire que le projet enthousiasme vraiment Izoard et qu’il est extrêmement curieux et impatient du résultat  [2]». Dès la parution de la revue en 1993, Izoard s'impliqua activement pour en assurer la promotion: « J’ai été encore quelque peu souffrant durant les vacances. Mais voici la rentrée et je voudrais diffuser le beau numéro d’Orage-Lagune-Express que vous m’avez consacré ici, en Belgique, auprès d’amis divers [3].» Pour mémoire, au sommaire on pouvait trouver un long entretien avec Jacques Izoard, des textes inédits, des articles de René de Ceccaty, Francis Edeline, Joseph Orban, Denys-Louis Colaux, Eugène Savitzkaya, André Miguel, Jean-Paul Gavard-Perret, des poèmes de Conrad Detrez, Serge Czapla, Jean Follain, Andrée Chedid, Pierre Dalle Nogare, Daniel Meyer, William Cliff, Françoise Favretto, Jean-Pierre Bobillot, pour beaucoup auteurs attitrés de sa revue Odradek. A la suite de cette collaboration, Jacques continua à m'adresser chacun de ses nouveaux livres et puis sans que le fil ne soit rompu complètement, je le perdis de vue durant les dernières années de sa vie. C'est dur de l'exprimer ainsi, mais sa mort en juillet 2008 me l'a rendu plus proche que jamais. Il en est ainsi des écrivains: seule l'œuvre doit survivre.

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    [1] Cet article de Bernard Deson est extrait de  l’ouvrage de Denys-Louis-Colaux, Epitres à l’Oyonnaxien,  publié aux Editions Orage-Lagune-Express en 2009.

    [2] Lettre de D.L. Colaux de novembre 1992.

    [3] Lettre de Jacques Izoard du 28 août 1993.

     

  • Risques et périls, anthologie poétique

     

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    (Un article paru sur le blog de Christian Cottet-Emard)

     

    Lorsque mon chemin rencontra celui de Bernard Deson en 1981, je remarquai tout de suite que son univers poétique était déjà complètement en place, ce qui n’est pas si courant pour un auteur d’une vingtaine d’années.

    Cette cohérence qui indique le degré de maturité d’une œuvre se mesure très simplement, quand le fond et la forme coïncident au point de révéler la vision caractéristique d’un écrivain, d’un poète, sa présence individuelle au monde, indissociable de sa personnalité unique.

    Bernard Deson n’en pratiquait pas moins le jeu des identités multiples parfois à son corps défendant lorsque je fis sa connaissance et il renouvelle l’exercice dans la section intitulée Hôtel Continental de son anthologie sous les pseudonymes de Trevor Rutherford, Tomàs Cervantes et Nuno Seabra « pour développer trois univers poétiques différents » explique-t-il en prologue. Prouesse supplémentaire, les textes de cette section furent traduits en français par l’auteur qui les écrivit directement en Anglais, Espagnol et Portugais !

    Bien avant ces expériences de 2003, la plume du jeune poète du tout début des années quatre-vingt était déjà ciselée dans un alliage de métaux assez solide pour courir dans les pages de revues importantes de l’époque, Jungle et Vagabondages pour ne citer que les plus opposées mais d’autres aussi, plus modestes ou plus éphémères comme il était de mise en cette période de foisonnement de la presse littéraire alternative entre le milieu des années soixante-dix et le net recul dans la décennie quatre-vingt-dix.

    Peu de poètes issus de cette mouvance sortirent indemnes du champ de ruines qui lui succéda et ce furent paradoxalement les plus mal lotis, ceux qui furent occultés parce que trop éloignés des réseaux d’influence et rétifs aux embrigadements, qui donnent de la voix aujourd’hui grâce aux nouveaux outils et circuits de diffusion de la littérature.

    Bernard Deson est de ceux-là. Son œuvre a éclos dans des carnets fiévreusement remplis entre deux trains, au hasard des pauses rapides à quelques terrasses de café, dans la solitude des déplacements professionnels et dans les parenthèses de vacances touristiques ou de séjours entre amis.

    « Depuis l’enfance il s’est mis en quête d’un Eden poétique dans l’enfer d’une vie prosaïque » note le narrateur à propos de Juan, le personnage de roman égaré dans le dédale des poèmes. En somme, la double vie de l’écrivain qui est plus que jamais la norme, le déterminisme de l’auteur qui n’a pas pu ou pas voulu se résoudre à s’exclure totalement de la société ou céder à la facilité du repli dans sa campagne.

    Bernard Deson n’aime pas choisir. Il voudrait tout vivre et sa poésie en témoigne parfois avec fureur, parfois avec nostalgie ou désespoir.

    Enraciné dans un terroir viticole dont il connaît les gestes et les secrets, le Bergeracois, il sait aussi se fondre dans le mouvement et l’anonymat des grandes cités, devenir le passager clandestin d’improbables voyages, l’ombre errante des squares et des parcs où il recueille le message mythologique dans le regard pétrifié des statues. Souvent, ces figures de marbre et de bronze s’animent et font irruption dans la modernité urbaine. Les rêves cinématographiques de Jean Cocteau affleurent dans cette écriture exigeante et familière. Le rythme est soutenu, les changements de focale constants.

    Bernard Deson ne tourne jamais le dos aux grands thèmes poétiques, l’amour, la femme, le désir, le paysage, le rêve, mais il en insert les fragments dans un kaléidoscope d’où sortent des collages, des cadavres exquis et des images détournées attestant de cette écriture visuelle qui est aussi sa marque.             

    L’anthologie personnelle intitulée Risques et périls, composée et illustrée par l’auteur, qui vient de paraître sous le label d’Orage-Lagune-Express exprime bien toutes ces tensions mais sa principale caractéristique est la cohérence de l’écriture poétique, même lorsque celle-ci investit la prose ainsi qu’on le constate dans la dernière partie de ce fort recueil, Le Journal de Juan Escobar. Double de l’auteur, « Juan doute qu’un jour il devienne un véritable écrivain, homme de métier, mercenaire appliqué parce qu’il a choisi de prendre son temps, de n’écrire qu’en cas de légitime défense. »

    En quarante ans de création poétique, cette légitime défense qu’est parfois l’écriture face à l’aventure dangereuse de la vie s’est exercée dans la publication de recueils et de plaquettes rassemblés dans cette édition en seize sections datées de 1974 à 2014. Toutes affichent des titres annonçant la puissance et la variété du monde intérieur de Bernard Deson : le Pôle immobile, La grande sorcière noire, Anatomie du vol d’un épervier, Un paquet de gitanes vides, Le Logis des voyelles, La mort du Minotaure... 

    L’anthologie s’ouvre sur Les Textes fétiches, notamment ce juvénile et pourtant si mature Vol plané (herbe des terres arides) qui pose les fondations des monuments à venir. Je n’emploie pas ce terme architectural par hasard car la fluidité de l’écriture est chez Bernard Deson une charpente et non un simple ornement.

    Pierre Tesquet, directeur des Cahiers Joseph Delteil, préfacier de cette anthologie, écrit d’ailleurs à propos d’un ensemble daté de 1986 : « Il existe dans tout le livre une tendance à l’élévation que la présence, ici d’un paysage, là d’un écheveau de sensations, ailleurs de la jeunesse et de l’amour, préserve de tomber dans une excessive cérébralité. »

    On touche ici à une dimension essentielle de l’univers poétique de Bernard Deson, des lignes et des flèches monumentales bien ancrées dans la terre pour mieux se lancer dans le ciel, jamais de vain formalisme même s’il y a jeu de langage car malgré la narration bien présente, nous sommes résolument dans le poème, dans sa dynamique, dans son jaillissement, aux risques et périls d’un poète dans le monde d’aujourd’hui.

    Nota bene : Bernard Deson a inséré dans son anthologie poétique deux textes que nous avions écrits lui et moi en collaboration. Il s’agit de Survenance et de La Dune. Je le remercie de ce témoignage d’une amitié de trente-six ans.

    Risques et Périls, anthologie poétique 1974-2014, (illustrée par l’auteur) Bernard Deson. Éditions Orage-Lagune-Express, 234 pages. 13,50€

     

     

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    • Editeur : Orage-Lagune-Express
    • Langue : Français
    • ISBN-10: 1539824349
    • ISBN-13: 978-1539824343
    • Dimensions du produit: 15,6 x 1,5 x 23,4 cm
    • Prix:  13,50€