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Editions Germes de Barbarie

  • Risques et périls, anthologie poétique

     

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    (Un article paru sur le blog de Christian Cottet-Emard)

     

    Lorsque mon chemin rencontra celui de Bernard Deson en 1981, je remarquai tout de suite que son univers poétique était déjà complètement en place, ce qui n’est pas si courant pour un auteur d’une vingtaine d’années.

    Cette cohérence qui indique le degré de maturité d’une œuvre se mesure très simplement, quand le fond et la forme coïncident au point de révéler la vision caractéristique d’un écrivain, d’un poète, sa présence individuelle au monde, indissociable de sa personnalité unique.

    Bernard Deson n’en pratiquait pas moins le jeu des identités multiples parfois à son corps défendant lorsque je fis sa connaissance et il renouvelle l’exercice dans la section intitulée Hôtel Continental de son anthologie sous les pseudonymes de Trevor Rutherford, Tomàs Cervantes et Nuno Seabra « pour développer trois univers poétiques différents » explique-t-il en prologue. Prouesse supplémentaire, les textes de cette section furent traduits en français par l’auteur qui les écrivit directement en Anglais, Espagnol et Portugais !

    Bien avant ces expériences de 2003, la plume du jeune poète du tout début des années quatre-vingt était déjà ciselée dans un alliage de métaux assez solide pour courir dans les pages de revues importantes de l’époque, Jungle et Vagabondages pour ne citer que les plus opposées mais d’autres aussi, plus modestes ou plus éphémères comme il était de mise en cette période de foisonnement de la presse littéraire alternative entre le milieu des années soixante-dix et le net recul dans la décennie quatre-vingt-dix.

    Peu de poètes issus de cette mouvance sortirent indemnes du champ de ruines qui lui succéda et ce furent paradoxalement les plus mal lotis, ceux qui furent occultés parce que trop éloignés des réseaux d’influence et rétifs aux embrigadements, qui donnent de la voix aujourd’hui grâce aux nouveaux outils et circuits de diffusion de la littérature.

    Bernard Deson est de ceux-là. Son œuvre a éclos dans des carnets fiévreusement remplis entre deux trains, au hasard des pauses rapides à quelques terrasses de café, dans la solitude des déplacements professionnels et dans les parenthèses de vacances touristiques ou de séjours entre amis.

    « Depuis l’enfance il s’est mis en quête d’un Eden poétique dans l’enfer d’une vie prosaïque » note le narrateur à propos de Juan, le personnage de roman égaré dans le dédale des poèmes. En somme, la double vie de l’écrivain qui est plus que jamais la norme, le déterminisme de l’auteur qui n’a pas pu ou pas voulu se résoudre à s’exclure totalement de la société ou céder à la facilité du repli dans sa campagne.

    Bernard Deson n’aime pas choisir. Il voudrait tout vivre et sa poésie en témoigne parfois avec fureur, parfois avec nostalgie ou désespoir.

    Enraciné dans un terroir viticole dont il connaît les gestes et les secrets, le Bergeracois, il sait aussi se fondre dans le mouvement et l’anonymat des grandes cités, devenir le passager clandestin d’improbables voyages, l’ombre errante des squares et des parcs où il recueille le message mythologique dans le regard pétrifié des statues. Souvent, ces figures de marbre et de bronze s’animent et font irruption dans la modernité urbaine. Les rêves cinématographiques de Jean Cocteau affleurent dans cette écriture exigeante et familière. Le rythme est soutenu, les changements de focale constants.

    Bernard Deson ne tourne jamais le dos aux grands thèmes poétiques, l’amour, la femme, le désir, le paysage, le rêve, mais il en insert les fragments dans un kaléidoscope d’où sortent des collages, des cadavres exquis et des images détournées attestant de cette écriture visuelle qui est aussi sa marque.             

    L’anthologie personnelle intitulée Risques et périls, composée et illustrée par l’auteur, qui vient de paraître sous le label d’Orage-Lagune-Express exprime bien toutes ces tensions mais sa principale caractéristique est la cohérence de l’écriture poétique, même lorsque celle-ci investit la prose ainsi qu’on le constate dans la dernière partie de ce fort recueil, Le Journal de Juan Escobar. Double de l’auteur, « Juan doute qu’un jour il devienne un véritable écrivain, homme de métier, mercenaire appliqué parce qu’il a choisi de prendre son temps, de n’écrire qu’en cas de légitime défense. »

    En quarante ans de création poétique, cette légitime défense qu’est parfois l’écriture face à l’aventure dangereuse de la vie s’est exercée dans la publication de recueils et de plaquettes rassemblés dans cette édition en seize sections datées de 1974 à 2014. Toutes affichent des titres annonçant la puissance et la variété du monde intérieur de Bernard Deson : le Pôle immobile, La grande sorcière noire, Anatomie du vol d’un épervier, Un paquet de gitanes vides, Le Logis des voyelles, La mort du Minotaure... 

    L’anthologie s’ouvre sur Les Textes fétiches, notamment ce juvénile et pourtant si mature Vol plané (herbe des terres arides) qui pose les fondations des monuments à venir. Je n’emploie pas ce terme architectural par hasard car la fluidité de l’écriture est chez Bernard Deson une charpente et non un simple ornement.

    Pierre Tesquet, directeur des Cahiers Joseph Delteil, préfacier de cette anthologie, écrit d’ailleurs à propos d’un ensemble daté de 1986 : « Il existe dans tout le livre une tendance à l’élévation que la présence, ici d’un paysage, là d’un écheveau de sensations, ailleurs de la jeunesse et de l’amour, préserve de tomber dans une excessive cérébralité. »

    On touche ici à une dimension essentielle de l’univers poétique de Bernard Deson, des lignes et des flèches monumentales bien ancrées dans la terre pour mieux se lancer dans le ciel, jamais de vain formalisme même s’il y a jeu de langage car malgré la narration bien présente, nous sommes résolument dans le poème, dans sa dynamique, dans son jaillissement, aux risques et périls d’un poète dans le monde d’aujourd’hui.

    Nota bene : Bernard Deson a inséré dans son anthologie poétique deux textes que nous avions écrits lui et moi en collaboration. Il s’agit de Survenance et de La Dune. Je le remercie de ce témoignage d’une amitié de trente-six ans.

    Risques et Périls, anthologie poétique 1974-2014, (illustrée par l’auteur) Bernard Deson. Éditions Orage-Lagune-Express, 234 pages. 13,50€

     

     

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    • Editeur : Orage-Lagune-Express
    • Langue : Français
    • ISBN-10: 1539824349
    • ISBN-13: 978-1539824343
    • Dimensions du produit: 15,6 x 1,5 x 23,4 cm
    • Prix:  13,50€

     

  • Galerie des glaces, 38 portraits sur papier brillant

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    J'ai voulu rassembler ici quelques instantanés pris avec un appareil photo argentique chargé avec de la pellicule haute-sensibilité, celle qui est utilisée pour réaliser les portraits en studio. J'ai fait poser celles et ceux que les hasards de la route m'ont permis de rencontrer. Beaucoup ont contribué, parfois sans s'en rendre compte, à nourrir ma vocation d'auteur et d'éditeur. Ces portraits, alimentés par mes archives personnelles et par celles des éditions Germes de barbarie, naviguent parfois très près des côtes. C'est que la frontière entre ce que l'on peut écrire et ce qu'il faudrait taire est souvent ténue. Je me suis employé à ne rien révéler d'intime mais il est évident que l'exercice demeure périlleux.En relativisant et en prenant comme références Instagram et Facebook, je crois être resté plutôt raisonnable en matière d'exposition non consentie. L'objet que vous tenez en main est par nature inclassable : à travers ces portraits d'hommes et de femmes, je sais bien que c'est mon histoire à moi que je raconte. Pourtant, il ne s'agit pas d'une autobiographie (je n'en ai pas respecté les codes) et ce livre est beaucoup plus que le catalogue illustré de quarante années d'édition alternative.

     

    On pourra y trouver des anecdotes à propos de: Joseph Delteil, Michel Jeury, Claude Autant-Lara, Serge Montigny, Clément Lépidis, Jacques Izoard  mais aussi Nicole Serge-Rainer, Annie Delpérier, Jean-Yves-Bertin, Pierre Tesquet, Franck Lalou, Jean Massias, Francis Valéry, Christian Poslaniec, Laurie Deson-Leiner, Christian Cottet-Emard, Catherine Guillery, Bernard Sintès, Joël Cornuault et bien d'autres, parfois inattendus, tels Amin de Tarazzi et Guy Gilbert.

     

     

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    Détails sur le produit

    • Broché: 204 pages
    • Editeur : Editions Germes de barbarie (25 janvier 2017)
    • Langue : Français
    • ISBN-10: 1542667992
    • ISBN-13: 978-1542667999
    • Dimensions du produit: 15,2 x 1,2 x 22,9 cm
    • Pris de vente: 8,40€
  • Pierre Tesquet ou l'évangile selon Joseph Delteil.

     

     

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    Quand je songe à Pierre Tesquet, je me remémore l’apostrophe qu’il me lançait invariablement avec son accent chantant à chacune de nos rencontres : « Et comment va Fanfanette ? »  Il faisait référence à un sketch radiophonique diffusé sur Bergerac 95 qui l'avait émoustillé interprété  avec talent par Sylvie, ma femme, et dont le titre très explicite était "Apologie de la chute des petites culottes". Pierre cachait bien son jeu. Cet ancien directeur d’école, authentique hussard de la république, s’il portait à chacune de ses sorties un très classique costume-cravate assorti d’un imperméable et d’un couvre-chef, était en fait le moins conformiste des hommes. Lorsque je travaillais au Service Culturel de la Mairie de Bergerac, il montait nous voir une ou deux fois par semaine pour faire taper le courrier de l’Université du Temps libre qu’il présidait alors.  Impliqué dans de nombreuses activités associatives depuis les années 50 dont la création d’un ciné-club, il savait être politique quand il le fallait sans jamais s’être laissé embrigader. Par exemple, en 1986, le troisième opus des Cahiers Joseph Delteil qu’il dirigeait bénéficiera d’une généreuse subvention accordée par Jack Lang à la demande exprès de Roland Dumas.

     

      

     

    A bien y regarder pour qui le connaissait un peu, il n’est pas surprenant de découvrir qu’il a aussi écrit une courte monographie consacrée au chanteur Renaud…en 1975 [1], donc prémonitoire car la carrière de l’interprète de "Laisse béton"  venait juste de commencer. En 1989, lorsque je lui proposais de rééditer ce portrait de Renaud, il avait refusé sans que j’en comprisse la véritable raison: « Votre initiative me touche beaucoup mais vous connaissiez d’avance la réponse négative. Vous parlez du « Renaud » : il s’agissait de montrer qu’on n’avait pas affaire à un chanteur marginal mais à un homme de culture bourgeoise. Si l’interview insérée à la fin du livre vous convient, reproduisez-la dans votre revue. Après tout le numéro est consacré à Brassens. Je regrette de ne pouvoir mieux répondre à votre demande ». [2]  Depuis quelques mois déjà, souffrant et/ou dégoûté de la compagnie de ses semblables,  Pierre Tesquet s’était coupé du monde et c’est ce qu’il m’écrivait dans la même lettre datée du 18 novembre 1989 : « Vous savez que j’ai renoncé aux émissions avec Jean-François Durand et que j’ai décidé, désormais, de ne participer à aucune manifestation ou publication, quel qu’en soit le mérite. »   Il sortit de cet isolement en 1991 pour me proposer de coéditer  un nouveau numéro des Cahiers Joseph Delteil.

     

    Puis il s’est à nouveau replié sur lui-même ne faisant plus que de très rares apparitions publiques. Plusieurs fois, j’essaierai en vain de le revoir. Soit notre rendez-vous était annulé ou reporté, soit son épouse m’invitait à patienter dans l’attente d’un moment plus favorable. Je continuais à lui faire parvenir les publications d’Orage-Lagune-Express et je recevais à chaque fois un court message d’encouragement.

    Mais revenons au point de départ de cette histoire : le premier lien qui me rattacha à Pierre Tesquet fut bel et bien Joseph Delteil. Le hasard d’une provocation de potache m’avait fait présenter ses œuvres complètes au Bac de Français en juin 1977 et c’est muni d’une recommandation de l’une de ses amies que je m’étais rendu (sans y être invité) chez lui, à la Tuilerie de Massane près de Montpellier,  en juillet de la même année. Delteil devait décéder quelques mois plus tard en 1978. La même année Pierre Tesquet  faisait paraître son Portrait [3]  dont voici un extrait de la quatrième de couverture : « Ce n’était pas facile car, même mort depuis quelques semaines, Joseph Delteil bouge tout le temps, et il se tient en plein soleil. C’est un homme très vivant. »  Six ans plus tard, en 1983, c’est en lisant un article de Sud-Ouest que je découvris l’existence de Pierre Tesquet et des Cahiers Joseph Delteil. Étrangement, l’histoire contée dans cet article était proche de celle que j’avais vécue en 1977 : « J’avais cinquante fois lu son nom dans les revues de l’entre-deux guerres. Je l’ai abordé avec « La Delteillerie » ;  je pense que cet ouvrage constitue une excellente entrée dans l’œuvre. Enthousiasmé, je lui ai écrit. Il s’est trouvé qu’il a été touché par cette lettre. C’est ainsi que je fus amené à le rencontrer ». Je ne suis pas surpris par cette attirance de Pierre Tesquet pour le vieil ermite et pour ses idées redevenues tendances après mai 1968 où il passa  pour un hippie de 70 ans : « L'homme n’est pas fait pour cette civilisation, il est fait pour le bonheur. »  Il avait vu chez les étudiants en révolte un ferment et il était homme à rapprocher Daniel Cohn-Bendit et Saint-François d’Assise. 

     

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    Très vite, Pierre m’honora de sa confiance et de son amitié ce qui se concrétisa par ma participation à deux numéros des Cahiers Joseph Delteil en 1986 et en 1991. J'ai publié un entretien avec lui à propos de Delteil dans le numéro 5 de la revue Germes de Barbarie [4] dont voici quelques extraits :

     

    Joseph Delteil n'est pas un philosophe, aussi a-t-il été étonné qu'on fasse de lui un sage dans les dernières années de sa vie. Les six films que lui a consacré Jean-Marie Drot dans la série Archives du vingtième siècle , y ont été pour beaucoup. Il devait franchement rigoler devant son téléviseur quand la speakerine annonçait : « Nous allons maintenant rejoindre le sage de la Tuilerie de Massane ». Delteil a été un homme de mots plus qu'un moraliste. Durant les derniers mois de sa vie, en 1977-1978, j'ai reçu une lettre de lui très émouvante. Il y parlait des progrès de la maladie qui allait l'emporter et du cancer de sa femme Caroline. Il terminait la lettre en se ressaisissant et en disant avec humour : « On prétend que je suis un sage alors il faut que je me remette soigneusement dans ce personnage et que je continue à dire que la vie est belle malgré tout ».

     

    Lorsqu'il a quitté Paris avec Caroline au début des années trente, Joseph Delteil est devenu viticulteur pour se donner un alibi, une raison sociale. Il dit bien « j'ai pris l'état de vigneron » et non pas « j'exerce le métier de viticulteur ». La différence est de taille pour qui le connaît. Delteil n'a jamais été riche. Au début, il y a eu la dote de sa femme, quelques droits d'auteur et ses revenus agricoles. Jusqu'en 1968, date de l'édition de ses Œuvres complètes chez Grasset, ses droits d'auteur étaient dérisoires étant donné que sa production littéraire se réduisait à peu de choses depuis son exil à la campagne. A ce propos, ces œuvres complètes ne l'étaient pas car Delteil avait pratiqué une opération chirurgicale dans sa production romanesque, une espèce d'auto-censure devant la postérité. Cet ouvrage s'est vendu à 20.000 exemplaires entre 1968 et 1978 date de sa mort. Ce qui tendrait à démontrer que Delteil avait plus de lecteurs qu'on le croyait à cette époque.

     

    Chez lui, les frais étaient réduits au strict minimum pour l'entretien de la maison, l'habillement et la voiture. Il portait toujours les mêmes habits et il n'était pas rare, l'été, de le rencontrer, pieds nus, dans les rues de Montpellier. Son véhicule, une vieille 203, datait certainement de l'immédiat après-guerre. Par contre, il se faisait un point d'honneur d'offrir bonne chère à ses invités et lui-même se nourrissait bien sans que les repas soient pantagruéliques. Delteil a vécu libre, d'abord parce qu'il a aimé jusqu'au bout la même femme qui le lui rendait bien !

     

    Delteil a eu la chance de subir un purgatoire de son vivant. Les dernières années de sa vie l'ont vu se couvrir d'honneurs : la Presse, la Radio, la Télévision l'ont beaucoup sollicité, jusqu'à Marie-Claire, le type même du magazine féminin, qui a publié une série d'articles sur La Cuisine paléolithique. Ce mouvement perpétuel autour de lui le réconfortait énormément. Les relations de Delteil avec ses éditeurs étaient très variables : excellentes avec Robert Morel auquel il confia les manuscrits de Choléra et de la Cuisine paléolithique, moins bonnes avec Grasset. Il est vrai que Morel faisait des merveilles : outre des couvertures en cuir travaillé, il confectionnait à foison des livres de toutes les formes (ronds, triangulaires ou carrés) et utilisait les matériaux les plus inattendus (tissu de soutane par exemple pour un livre de sermons). Certes, une telle excentricité ne se trouvait pas chez Grasset. Néanmoins, tout ce qu'il envoyait était publié. Il lui était surtout reproché de ne pas se prêter au jeu et d'être avare de sa personne : il n'a pas joué son rôle d'écrivain célèbre qui saute d'une réception à un cocktail.

     

    Je me demande si Delteil n'a pas essayé inconsciemment de reproduire la courbe existentielle de Rimbaud avec l'abandon de la littérature pour une autre carrière. Pour Rimbaud ce fut le trafic d'armes, pour Delteil plus modestement la viticulture.

    Parmi ceux qu’il affectionnait, outre le comédien et illustrateur Jean-Yves Bertin [5], citons également Joël Cornuault qui a tenu la Librairie La Brèche à Bergerac jusqu’en 2010 et qui depuis est parti prendre les eaux à Vichy. Pierre et Joël partageaient une grande complicité intellectuelle. Lors de l’un de leurs premiers échanges épistolaires Joël Cornuault lui écrivait : « Je viens d’achever la lecture de votre Portrait de Delteil et des Cahiers et je vous envoie ces quelques lignes d’impressions. Bien sûr, je ne cherche pas à être utile ni, je l’espère, à faire le malin, ni surtout à vous apprendre quoi que ce soit sur votre propre travail (cela se rencontre, n’est-ce pas). Mais les livres, ou autres réalisations auxquelles certains se consacrent librement, sont généralement accueillis par une indifférence notable, plus ou moins polie, ou par quelques mots pour donner le change. J’essaie de ne pas sacrifier à ce rite moderne. »[6]  Peu de temps après son décès en juillet 2011, Jean-Yves Bertin m’a contacté pour organiser « quelque chose » avec ses amis, une sorte d’hommage à la hauteur de l’homme. A ma connaissance rien ne s’est fait. Ce portrait n’a pas d’autre ambition que celle du témoignage. Je laisse à Pierre Tesquet, l'homme révolté, le mot de la fin : « Ne respectons pas les garde-fous que la société a dressés le long de notre chemin ; escaladons les barrières. La société nous pousse à choisir (et elle nous tient pour suspect quand nous ne le faisons pas ou quand nous tardons à le faire) : une profession, une religion, un conjoint, un domicile, etc... parce qu'elle n'a pas trouvé de meilleur moyen four freiner l'expansion du moi qui, désormais, va croupir à l'intérieur des limites qu'il s'est sottement fixées [7]. »

     

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    Affiche dessinée par Jean-Yves Bertin


    Pierre Tesquet fut aussi homme de radio. Il collaborait dans les années 80 à l'émission de Jean-François DURAND « A la croisée des chemins, une rencontre » diffusée sur les ondes de Bergerac 95 . Il faisait notamment une revue de presse. En 1984, un fait divers avait retenu son attention : en Périgord, des religieuses accusées de séquestration d'enfants, d'élevage de crapaux à des fins pas très catholiques … sur fond de sorcellerie. Suivez le lien pour en entendre un extrait:  Emission Pierre Tesquet

     

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    [1] Portrait de Renaud par Pierre Tesquet, Robert Morel, 1982.

    [2] Numéro 7 de la revue Orage-Lagune-Express consacré à Georges Brassens

    et paru en 1990.

    [3] Portrait de Joseph Delteil, par Pierre Tesquet, Robert Morel, 1978.

    [4] Revue Germes de Barbarie n°5, avril 1985.

    [5] Il monta la pièce  Le Grand Prix de Paris ou Hippolyte avec les Comédiens de Naillac et fut l’illustrateur du N°6 des Cahiers Joseph Delteil paru en 1991.

    [6] In Les Cahiers Joseph Delteil n°3, septembre 1986.

    [7] Portrait de Joseph Delteil par Pierre Tesquet, Robert Morel, 1978.